Le Conseil central islamique émet des autocollants qui associent islamophobie et Holocauste. Polémique.

par mazaltop

Une étoile jaune à huit branches portant l’inscription «Muslim», accompagnée d’un lieu et d’une date: Berne, 29 octobre 2011. Voici le symbole choisi par le Conseil central islamique (CCIS) et son président, Nicolas Blancho, pour annoncer la tenue de leur rassemblement «contre l’islamophobie et le racisme» sur la place Fédérale, cet automne. L’image, reproduite sur des milliers d’autocollants, a fait son apparition lundi dans les rues de Lausanne, où elle s’est retrouvée placardée à la sauvage jusque sur l’arrière des bus. Depuis, les réactions oscillent souvent entre incompréhension et colère face à ces étoiles qui comparent implicitement le sort des musulmans de Suisse avec les souffrances endurées par les Juifs sous le IIIe Reich.

«Instrumentaliser un symbole comme l’étoile jaune, je trouve cela assez pathétique», s’insurge Johanne Gurfinkiel. Secrétaire général de la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD), il ne voit dans la campagne du Conseil central qu’une provocation gratuite et une atteinte à la mémoire des victimes de la Shoah: «Nicolas Blancho ne cherche pas à défendre les intérêts des musulmans, mais simplement à provoquer en pratiquant des amalgames douteux.»

Pour Philippe Kenel, président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) à Genève, le message délivré par le Conseil central islamique n’est pas seulement offensant mais mensonger: «C’est une manière d’établir un parallèle qui n’a pas lieu d’être. On peut parfaitement critiquer une religion comme l’islam sans être pour autant raciste, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les intégristes.»

Musulmans discriminés

Contacté, le porte-parole du Conseil central islamique Qaasim Illi se dit «étonné» par ces réactions: «Je tiens d’abord à rappeler que nous n’avons pas utilisé l’étoile de David à six branches, mais une étoile islamique à huit branches. Ensuite, nous n’avons voulu offenser personne, encore moins établir de comparaison entre l’islamophobie et l’Holocauste. Simplement, nous considérons que les musulmans de Suisse subissent des discriminations comparables à celles endurées par les Juifs avant la Shoah. On ne trouve pas d’emplois ni d’appartements, on refuse à nos filles de porter le hijab à l’école, on interdit les minarets. Sans parler de tous les stéréotypes négatifs véhiculés dans les médias.»

Des arguments que jugent recevables certains musulmans modérés, habituellement méfiants face aux propositions des radicaux du Conseil central: «C’est vrai qu’en tant que musulmans on a le sentiment d’être devenus de nouveaux boucs émissaires, glisse Lucia Dahlab, vice-présidente de l’Union des organisations musulmanes de Genève. Qu’on puisse établir un lien avec les discriminations subies par les Juifs dans les années 1930, je ne dis pas le contraire. Maintenant, jouer avec un symbole comme l’étoile jaune, c’est forcément délicat. Mais est-ce que ce n’est pas aussi un moyen de faire réfléchir les gens? Je crois qu’on est entré dans une ère où la communication privilégie les campagnes chocs. Les campagnes de l’UDC le montrent. Alors, oui, je serais pour des campagnes plus nuancées. Mais a-t-on encore le choix?»

Renaud Malik
lematin.ch

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