La Turquie, pivot incontournable au Moyen-Orient

par mazaltop

L’Iran et la Turquie, ces deux puissances traditionnelles, nourrissent des intérêts divergents et constituent l’épine dorsale des alliances dans la région. La vision iranienne serait nourrie de la « résistance aux projets occidentaux et à Israël. Elle répond à une demande, à une soif un peu tiers-mondiste, de dignité et d’auto-détermination du monde arabe et du monde musulman et elle se conjugue principalement sur le mode militant. À l’opposé, la vision turque met l’accent sur la diplomatie tous azimuts. Elle récuse les boycotts ou les interdits de dialogue et elle privilégie l’intégration économique et l’interdépendance régionale. » Ce constat de Robert Malley (1) tend à diviser le Moyen-Orient en partisans de l’une ou de l’autre vision, là où la realpolitik tend au rapprochement.

Rapprochement ou alliance ?
La Turquie, actuellement membre non permanent du Conseil de Sécurité, pâtirait d’un renforcement des sanctions contre l’Iran (2e fournisseur de gaz du pays). En visite à Téhéran le 20 avril, Ahmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères déclare que « la Turquie est prête à servir d’intermédiaire pour un échange d’uranium » entre l’Iran et les grandes puissances « et nous espérons avoir un rôle utile dans ce dossier ».

Dans le même temps, les relations entre Ankara et Tel-Aviv, alliés traditionnels, continuent à se tendre. Depuis l’opération « Plomb durci » fin 2008-début 2009, la Turquie interdit à l’aviation de chasse israélienne de survoler son territoire. Et de diatribe en diatribe, les dirigeants des deux pays n’ont de cesse de s’invectiver. Ainsi le 7 avril à Paris, le Premier ministre turc déclare qu’Israël constitue « la principale menace contre la paix » au Proche-Orient.

À l’échelle régionale, la Turquie investit également en Irak, notamment au Kurdistan, dans la perspective du retrait des forces occidentales. Cet activisme était jusqu’ici susceptible de heurter une autre puissance régionale, l’Égypte. Nouvelle annonce à mettre au crédit du soft power d’Ankara, la Turquie et l’Égypte font front commun contre Israël en matière de sécurité nucléaire. La presse israélienne (2) rapporte en effet que Benjamin Netanyahou a renoncé à sa présence à la conférence sur le nucléaire de Washington (12 et 13 avril) car il redoutait que des pays conduits par l’Égypte et la Turquie demandent, devant l’ensemble des participants et en sa présence, qu’Israël signe le TNP.

Les lenteurs d’une intégration européenne contestée et les soutiens de Moscou à l’Arménie constituent encore de réels freins à la politique étrangère d’Ankara. Jouant la carte du renforcement de l’alliance avec ses voisins, la Turquie est suffisamment confortée pour pousser également ses alliés à hausser le ton contre Washington : le 19 avril, l’Azerbaïdjan a annoncé l’annulation de manœuvres militaires qui devaient accueillir sur son territoire 200 militaires américains. Nul doute que les exigences européennes en matière de lutte contre la fraude et de transparence ne calment encore davantage l’intérêt d’Ankara à adhérer à une Europe en pleine crise diplomatique et économique.

Notes :
(1) Directeur du programme pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’International Crisis Group de Washington et ancien assistant spécial du Président Bill Clinton pour les affaires arabes et israéliennes.
(2) Citant des « officiels » anonymes, Lemonde.fr : « Nétanyahou ne participera pas au sommet nucléaire d’Obama », 9 avril 2010.

Publié dans le magazine DIPLOMATIE n° 44 (mai-juin 2010). Tous droits réservés.
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source : diplomatie-presse.com

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