La tragique disparition du Tsaddik Rabbi Elazar Abou’chatseira zatsal | Daniel Haïk

par mazaltop

C’est une terrible onde de choc qui a frappé le monde de la Torah ainsi que l’ensemble du monde juif à l’annonce vendredi 29 juillet(28 tamouz) de l’assassinat de rabbi Élazar Abou’hatseira zatsal. L’assassin a été maîtrisé par les proches du rav peu après son geste. Au cours de son interrogatoire, le désiquilibré aurait expliqué qu’il avait commis cet acte parce qu’il n’avait pas été satisfait des conseils que rabbi Élazar lui aurait donnés. Quelques heures plus tard, des dizaines de milliers de fidèles dont de nombreuses sommités rabbiniques ont accompagné rabbi Élazar zatsal vers sa dernière demeure au cimetière du mont des Oliviers à Jérusalem, près de la tombe de son vénéré père  » Baba Méïr « , fils de Baba Salé.

Rabbi Élazar Abou’hatseira est né le 1er janvier 1948 (19 Tevet 5708) à Rissani, dans le Tafilalet marocain. Il était le fils aîné de rabbi Méïr, lui-même fils aîné de rabbi Israël Abou’hatseira zatsal, le célèbre Baba Salé zy’a. C’est d’ailleurs Baba Salé qui donnera à son petit-fils le nom d’Élazar. Alors que Baba Méïr devient le vénéré grand rabbin et président du tribunal rabbinique du Tafilalet, son fils Élazar va très rapidement se distinguer par sa sagesse, par la qualité de son limoud et par son extrême abstinence. Très jeune, le rav Élazar commencera à jeûner régulièrement et veillera à respecter les  » interdits du regard  » (Chemirat Einaïm) comme le simple fait de regarder une femme. « Après le décès de sa mère, la rabbanite Sim’ha, la famille de rabbi Élazar monte en Israël et s’installe à Ashdod. C’est là que rabbi Méïr va rayonner dans la diffusion de la Torah et qu’il deviendra une grande figure du monde spirituel. On raconte que pendant les trois premières années de sa vie en Israël, Baba Méïr s’imposera un jeûne volontaire quotidien. Rabbi Élazar, lui, est admis dans la yéchiva du  » Rambam et du Bet Yossef « , à Tel-Aviv qui est alors dirigée par le gaon rabbi Avraham ‘Hapota qui avait été Dayan à Marrakech. Par la suite, le rav est admis à la yéchiva de Porat Yossef, fleuron des yéchivot sépharades, qui se trouve alors dans le quartier de Katamon, à Jérusalem. Il y étudiera aux côtés de son jeune frère, rabbi David. Très rapidement, ses maîtres vont remarquer son extraordinaire dévotion dans l’étude ainsi que l’ampleur de ses connaissances. Ses camarades sur les bancs de la yéchiva confirment que déjà, à cette époque, il respectait les  » interdits du regard « . À cette période, Baba Salé réunit ses deux petits fils et leur donne comme mission de dispenser la voix de la Torah dans les mochavim non religieux d’Israël. Cette mission sera couronnée de succès. Les deux rabbanim enfants de rabbi Méïr vont passer de nombreux Chabbatot dans les mochavim à travers tout le pays. Les habitants de ces mochavim sont séduits par les personnalités de rabbi Élazar et de rabbi David et l’on raconte que bon nombre d’entre eux reviendront à la Torah grâce à ces Chabbatot et resteront liés aux deux rabbanim. C’est du vivant de son père et de son grand-père que rabbi Élazar commencera à recevoir des sollicitations pour des bénédictions. Rabbi Méïr le cautionnera en disant : « Mon fils rabbi Élazar se conduit avec beaucoup de bonté et ses paroles commencent à être entendues Là-haut ». Plus tard, même son frère rabbi David soulignera que Baba Méïr et Baba Salé couvraient d’éloges et de tendresse rabbi Élazar. Par la suite, c’est Baba Salé qui demandera à son petit fils de s’installer à Béer-Chéva afin de dispenser l’enseignement de la Torah dans cette ville. Et de facto, très vite, rabbi Élazar va prendre sa véritable dimension dans la capitale du Néguev. Tout en recevant de nombreux visiteurs qui sollicitent ses bénédictions, il va créer sur place un imposant réseau éducatif ainsi que d’importantes structures de ‘hessed destinées aux plus démunis. Sa maison sera toujours remplie de personnes nécessiteuses ou d’autres venues lui demander conseil. Rabbi Élazar ne cessera jamais d’approfondir son Limoud de la Torah en général et de la Kabbala en particulier. Rabbi David dira plus d’une fois que son frère connaissait parfaitement le Chass et « qu’il n’y avait pas un enseignement de la Torah qu’il ne connaisse ».
Fidèle à son respect méticuleux des  » interdits du regard « , rabbi Élazar n’assistait jamais à des réceptions publiques, pas même lors de réjouissances au sein de sa propre famille. Certains prétendent qu’il n’aurait jamais vu le visage de sa bru, l’épouse de son fils Rabbi Pin’has, et désormais son successeur. Toujours dans ce souci extrême de ne pas outrepasser cette restriction qu’il s’était imposée, rabbi Élazar revêtait une sorte de djellaba dont le capuchon recouvrait son visage et l’empêchait ainsi de croiser le regard d’autres personnes. Et c’est dans le même esprit qu’il avait fait creuser un tunnel qui reliait son domicile à la synagogue où il priait au quotidien.
L’emploi du temps de rabbi Élazar était très rigide: il se levait à 4h30 du matin, se rendait au mikvé. Et ensuite il consacrait son temps à l’étude de la Torah en veillant à conserver son talit et ses téfilin jusqu’en milieu de journée. Chaque jour, en après-midi et en soirée, il recevait des centaines de personnes qui venaient lui demander conseil ou recevoir de lui une bénédiction. Jeudi soir dernier, une main assassine a mis fin de manière tragique à l’œuvre terrestre de rabbi Élazar Abou’hatseira, zatsal. Que son souvenir soit béni.

Les obsèques de rabbi Élazar zatsal

C’est dans un état de stupéfaction totale que plusieurs dizaines de milliers de fidèles ont accompagné, vendredi dernier, rabbi Élazar Abou’hatseira zatsal vers sa dernière demeure au cimetière du mont des Oliviers à Jérusalem. La levaya du rav a débuté en début de matinée, devant son domicile, rue de Chypre à Béer-Chéva. C’est son oncle rabbi Barouch Abou’hatseira, fils de Baba Salé qui a prononcé la première oraison funèbre affirmant que rabbi Élazar était mort comme les dix  » Arougué Mal’hout  » (les dix tanaïm sauvagement assassinés par les Romains). Ensuite c’est le fils aîné de rabbi Élazar, rav Pin’has qui a pleuré son père, assimilant ce dernier à un Cèdre qu’il est impossible de briser : « Qui peut comprendre les comptes du Tout Puissant. Il s’agit d’un décret que nous devons accepter » a dit le rav Pin’has avant de relater comment son père a jeûné pendant quinze années de sa vie. Lorsque le cortège funéraire est arrivé à la yéchiva de Porat Yossef à Jérusalem, c’est le gaon rav Ovadia Yossef chlita qui a accueilli la dépouille mortelle de rabbi Élazar ; « Ce tsaddik a voué toute sa vie au peuple d’Israël…Il consacrait toute sa journée au ‘hessed et à l’étude de la Torah. Trois légions d’anges célestes viennent maintenant accueillir rabbi Élazar vers le Gan Éden ». C’est le rav Ovadia qui a d’ailleurs désigné, durant les obsèques, rabbi Pin’has comme le successeur de son père en tant qu’Admour. Le Richon lé-Tsion, le rav Chlomo Moché Amar a insisté sur le fait que c’est pour protéger le peuple d’un mauvais décret que D.ieu prend les justes de son peuple : « Qui sait de quel mal pouvait-il s’agir ». Rabbi David Abou’hatseira, chlita le frère de rabbi Élazar a raconté à quel point il était effacé et comment tout Juif qui entrait lui demander un conseil ressortait toujours heureux. Enfin, parmi les oraisons marquantes, celle du neveu de rabbi Élazar, rabbi Yéochiaou Pinto qui a raconté que l’an dernier avant Roch Hachana, rabbi Élazar lui a confié une montre précieuse en y ajoutant une formule qui s’est avérée être prémonitoire : « Le temps passe. Qui sait où nous serons l’an prochain à la même période ». Ce n’est que dans l’après-midi de vendredi et sous un soleil de plomb que rabbi Élazar a été inhumé en face du mont du Temple aux côtés de son père Baba Méïr.

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source : Hamodia

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