Giuliano Mer, « 100% Israélien, 100% Palestinien », assassiné par ses frères | Michael Bar Zvi pour Radio J | mazaltop | 07 04 2011

par mazaltop

Michael Bar Zvi

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Hier après-midi (6/04/2011) le comédien et metteur en scène Giuliano Mer, assassiné il y a deux jours à Jenine, a été enterré au kibboutz Ramot Menashe. Lundi matin cinq hommes masqués ont criblé de balles de Kalachnikov la voiture du comédien, dans laquelle se trouvaient aussi son bébé et sa nourrice.

L’histoire de Giuliano Mer est intéressante à plusieurs égards :

Né en 1958 à Nazareth d’une mère juive, déportée à Buchenwald, Arna Mer et d’un père arabe chrétien Saliba Khamis, tous les deux militants du parti communiste israélien, Giuliano est leur second enfant, après l’aîné Spartacus et le cadet Abir. Peu de temps après sa naissance, la famille Mer-Khamis déménage à Haïfa, ville modèle d’une coexistence entre juifs et arabes.

Très jeune il s’intéresse au métier d’acteur et participe aux activités du théâtre judéo-arabe de Haïfa Almidan. Giuliano accomplit son service militaire au début dans les parachutistes, puis dans une autre unité mais dès sa démobilisation il devient un militant engagé des mouvements pacifistes israéliens, et entre en contact avec des artistes palestiniens.

Il a joué dans de nombreuses pièces et films, notamment ceux d’Amos Gitaï Kippour, Berlin- Jérusalem, Kedma, mais également dans des longs-métrages américains, canadiens et français. En 2002, celui, qui se définissait comme 100% israélien et 100% palestinien, décide de s’installer à Jenine, suite à l’opération Rempart, menée par Tsahal au cours de la seconde Intifada.

Il souhaite y fonder un théâtre, qui finira par voir le jour quelques années plus tard sous le nom de Théâtre de la Liberté, avec l’aide de son ami Zacharie Zabidi, ancien des brigades des martyrs d’El Aksa. Son idée est de recréer à Jenine, un lieu de création à l’image de celui que sa mère avait animé pendant de nombreuses années.

Dans une interview accordée à un quotidien arabe en 2006, Giuliano Mer définit les sionistes comme les nouveaux nazis et estime que l’Etat palestinien devra recouvrir l’ensemble du territoire mandataire britannique, autrement dit supprimer l’Etat d’Israël pour le remplacer par un Etat arabe palestinien. On appelle ça du pacifisme ou le rapprochement entre les peuples.

Jusqu’à sa mort tragique, Giuliano Mer résidait en alternance à Haïfa et Jenine et vivait d’un salaire payé par le théâtre municipal de Haïfa, subventionné en grande partie par l’Etat d’Israël. Il laisse une fille de son premier mariage avec une juive, un bébé et une femme enceinte finlandaise chrétienne de 32 ans. Inutile de préciser que Giuliano Mer n’a pas été massacré par des colons juifs d’extrême-droite ultra-orthodoxes, sinon on aurait longuement parlé dans la presse française, mais par des Palestiniens sans doute amoureux de l’art dramatique et partisans de la liberté d’expression.

Michael Bar Zvi Guimel Nissan 5771

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