Discours de Richard Prasquier au Dîner du Crif 2011 : Israël est le seul Etat démocratique de la région | RadioJ | mazaltop |

par mazaltop


Israël, l’Egypte, la France et le monde

Le Président du CRIF Richard Prasquier a ouvert son discours en prônant les vertus de la démocratie, de l’égalité et de la lutte contre le racisme face aux risques d’ostracisme, puis a déclaré :
« Israël, seul Etat démocratique de la région est aussi le seul au monde publiquement menacé dans son existence. L’image que l’on en donne est injuste, car il affronte une guerre qui distord le droit et manipule les opinions publiques. Le boycott commercial est un élément de cette guerre avec un objectif politique : diffuser l’idée qu’Israël est illégitime et lui interdire les moyens d’assurer sa sécurité ». « Aujourd’hui les juifs sont agressés pour leur soutien à Israël, devenu le Juif des nations » !
Il s’est dit « admiratif mais vigilant face aux aspirations démocratiques dans le monde arabe, craignant qu’elles ne portent au pouvoir des mouvements dans une rhétorique de guerre contre Israël. Une révolution sans précédent y est portée par une aspiration démocratique qui suscite notre admiration. Mais sous l’étendard de la démocratie, se camouflent des gens qui cherchent à détruire la démocratie. Comme les Frères Musulmans dont l’idéologie rejette l’altérité et peut provoquer le retour d’une rhétorique de guerre contre Israël. Nous sommes admiratifs, mais restons vigilants ».

« Dans le monde, a-t-il poursuivi, les juifs sont une petite minorité. Ils ont une religion, une histoire et une approche de la vie communes. C’est pourquoi ils sont un peuple. Israël est le seul pays au monde où les Juifs sont et devront rester majoritaires ». Il a conclu à l’adresse du président de la République : « malgré leurs inquiétudes, les Juifs peuvent toujours se dire ‘heureux comme D.ieu en France’ « .

 »  Les juifs pour la démocratie contre le racisme
… Les événements de ces derniers jours mettent la démocratie au premier plan. Pour Camus, ‘la démocratie, c’est la loi des majorités avec la protection des minorités’. Le lien des Juifs aux démocraties est profond. Ils y ont obtenu liberté et égalité des chances. En retour, ils ont beaucoup apporté. La démocratie doit lutter dans une Europe angoissée de sa démographie et incertaine de ses acquis.


Cette situation stimule les populistes aux solutions faciles, qui pointent du doigt les minorités. Les Juifs connaissent les populismes et ne doivent pas les soutenir. Politiquement ils se fourvoieraient, moralement ils se déconsidèreraient. Nous sommes hostiles au Front National qui, sous ses nouveaux habits, fait toujours du rejet de l’autre le filigrane de son discours. La lutte contre le racisme est notre lutte. Nous ne voulons pas que le mot islam remplace le mot juif dans les fantasmes de diabolisation. Nous voulons que les gens du voyage, français de longue date, bénéficient des mêmes papiers que tous les citoyens de notre pays. Nous ne voulons pas que la couleur de la peau soit autre chose qu’une variation de pigment cutané.

Les juifs pour l’intégration
Cependant, la France ne doit pas être une juxtaposition de communautés, mais il y existe des minorités avec leurs  traditions particulières. Jambon et vin rouge ne doivent être ni imposés, ni interdits: dans le compromis qui bâtit la vie en commun des solutions sont possibles à l’écart des idéologues. L’échange s’y fait visage à visage. Protection des minorités, loi de la majorité : selon un adage juif, la loi du pays est notre loi. L’accepter est le critère d’intégration. Certains territoires échappent à la loi républicaine. Il y a urgence. Nous ne sommes plus au temps des cours de miracles.

L’antisémitisme en France déguisé en antisionisme
Pour coordonner les initiatives contre les comportements et la propagande antisémites, nous demandons une impulsion pour un comité interministériel regroupant l’ensemble des services concernés.
Aujourd’hui, les Juifs sont agressés pour leur soutien à  Israël, car Israël est devenu  le Juif des Nations. A Sumatra après le tsunami, devant des morsures de requins à Charm el Cheikh ou les décombres d’une église à Alexandrie, les Juifs, pardon, les « sionistes » sont accusés. Qu’Israël aide les Haïtiens après le tremblement de terre, on dit qu’il vole des organes. Un pays bouc émissaire… Voilà une obsession qui mériterait que l’on s’en indigne…
Le théoricien palestinien qui veut détruire Israël par le boycott n’étudie pas à Naplouse, mais à l’Université de Tel-Aviv. Le Président du Tribunal qui a condamné l’ex-président Katzav est un arabe israélien. Appliqué à Israël, le mot d’apartheid est obscène pour un Etat où tous ont des droits égaux et la liberté d’expression absolue.

La Shoah toujours présente
La Shoah n’est pas qu’un fait d’histoire, elle illumine de sa lueur blafarde le territoire de nos interdits. Elle éclaire l’homme dans son indifférence, sa liberté d’héroïsme, l’alerte, l’oblige à penser quand notre époque pousse à zapper.
L’enseignement de la Shoah est exemplaire en France. Il s’appuie sur des expertises, des convictions, des soutiens et des lieux de mémoire remarquables. La SNCF, qui s’est engagée fortement à dévoiler toute son histoire, est un exemple de ces ombres et  lumières entrelacées. Nous soutenons sa démarche.

L’antisionisme, nouvelle mode

Mais cet enseignement reste à défendre : ce qui le menace, c’est le relativisme « Puisqu’on parle de la Shoah, pourquoi ne pas parler aussi du génocide de Gaza ? ». Ce mensonge anéantit le travail de mémoire et fait germer la haine. Le relativisme affaiblit le sens des mots,  il permet tous les  amalgames. Les Juifs en sont les cibles, comme si on voulait retourner contre eux la mémoire de la Shoah. La mystification est ignoble, elle pervertit le raisonnement.

Une forme de certitude fleurit aujourd’hui, l’idéologie des bons sentiments. Sans passage au crible du doute, ces bons sentiments fabriquent des jeux de rôle. Il y a les bons et les méchants. Ceux qu’il faut soutenir et ceux qu’il faut combattre.
Est-il aujourd’hui possible de dire que l’antisionisme est  souvent le camouflage d’une nouvelle judéophobie ? Je pense qu’il faut en finir avec les présentations manichéennes et ne pas craindre d’affronter la complexité du réel. Le temps où il était plus glorieux d’avoir tort avec Sartre que d’avoir raison avec Aron doit être révolu aujourd’hui.


L’Egypte, l’Islamisme & Israël
Une révolution sans précédent soulève divers pays arabes. Elle est portée par une aspiration démocratique évidente, qui suscite notre admiration. Mais sous l’étendard de la démocratie se camouflent des gens qui cherchent à détruire la démocratie. C’est le cas des Frères Musulmans. Leur idéologie rejette l’altérité et peut provoquer le retour d’une rhétorique de guerre contre Israël. Nous sommes admiratifs, mais vigilants.

En matière religieuse, la certitude est mortifère quand elle justifie la violence. Celui à qui le ciel ordonne de tuer, tue sans remords ; il aura sa récompense au paradis. L’extrémisme islamiste a beaucoup tué, mais pas autant qu’il le désirait, grâce aux hommes qui dans l’ombre nous protègent. Il est responsable des crimes récents contre les communautés chrétiennes en Irak, au Pakistan ou les coptes en Egypte. Son message est clair : l’autre doit partir de terre d’Islam, même si son installation remonte au fond des âges. Il fabrique à son profit exclusif des lois, contre le blasphème et contre la conversion, qui envoient hommes et femmes à la mort.
Le Hamas est un mouvement islamiste, totalitariste et terroriste qui trouve de bonnes âmes promptes à s’indigner et faciles à manœuvrer. Ceux-là le considèrent comme un mouvement modéré, envoyant à contre cœur des roquettes sur Israël. Humaniste,  en somme, le Hamas qui impose une Charia impitoyable, qui a éliminé ses opposants et dont la charte prône l’extermination des Juifs? De qui se moque-t-on? Des mouvements terroristes islamistes, de l’Afghanistan au Niger en passant pas la Somalie et Gaza, détiennent aujourd’hui neuf otages français. Merci de ne pas les oublier.

Le monde et Israël
Israël, seul Etat démocratique de la région, est aussi le seul menacé dans son existence. L’image que l’on en donne est injuste : il affronte une nouvelle guerre, qui distord le droit et manipule les opinions publiques. Le boycott commercial est un élément de cette guerre ; c’est une méthode discriminatoire, illégale qui ne cible que des agriculteurs israéliens installés dans les frontières d’avant 67 et des agriculteurs de Gaza, qu’il prive de leur seul moyen de subsistance. Son objectif est politique : diffuser l’idée qu’Israël est illégitime et lui interdire les moyens d’assurer sa sécurité.

Je suis sioniste. J’ai connu les jours de mai 67 où Israël, entouré d’ennemis et lâché par plusieurs de ses amis paraissait voué à la disparition. Je vois aujourd’hui la transformation de son environnement géopolitique. L’Iran exerce sa suzeraineté sur la Syrie et le Liban, où le Hezbollah vient de mettre la population sous sa coupe. L’Iran cherche à s’imposer en Irak, avant de menacer les monarchies du Golfe. L’Iran domine le Hamas, crée des ponts avec les Frères Musulmans en Egypte ou au Qatar et s’ouvre des espaces en Amérique du Sud. Il se prépare au chantage à l’apocalypse nucléaire qui annoncerait pour certains la venue du Mahdi. La lucidité et la fermeté de la France sont plus utiles que jamais et nous espérons que les autres démocraties ne seront pas tentées par un comportement munichois.
Ce que les ennemis d’Israël ne voulaient pas admettre en 1967, à savoir l’existence d’un Etat où les Juifs ne se retrouvent pas dans un statut de minorité,  est-ce qu’aujourd’hui Ahmadinedjad, Nasrallah et Khaled Mechaal seraient prêts à l’accepter ? La réponse est non.
Elle ne dépend pas de l’arrêt des constructions, du nombre de checkpoints ou du tracé des frontières.
La focalisation sur la question palestinienne au détriment de toutes les détresses du monde, les mensonges qui font croire que Gaza est un camp de concentration, le prêt à penser qui fait du conflit israélo-palestinien la source des malheurs de cette planète en disent plus sur nos capacités d’aveuglement que sur la réalité de ce conflit.

Monsieur le Président de la République,
Il fut un temps où les Juifs disaient « Heureux comme Dieu en France ». Ma conviction, c’est que malgré nos inquiétudes, nous pouvons toujours le dire aujourd’hui.
 »

Lire aussi : Réponse de Nicolas Sarkozy

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Sources : Son par Radio J
Textes : http://yerouchalmi.web.officelive.com/DinerduCRIF.aspx


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