Le monde arabe en ébullition |Gérard Akoun | radiochalomnitsan.com

par mazaltop
 

Je me trouvais en Israël à la fin du mois de décembre, au moment où éclataient les premières manifestations contre Ben Ali en Tunisie. La généralisation de ce mouvement de révolte à tout le pays, les formes qu’il a pris ne troublaient pas les responsables politiques ou les journalistes, pas plus les israéliens que les européens.
Ils ne mesuraient pas le degré d’exaspération, auquel les tunisiens en étaient arrivés, au point de dominer leur peur d’une police criminelle et de risquer leur vie. Ils ne s’interrogeaient pas sur l’impact que pourrait avoir ce premier soulèvement populaire, dont une jeunesse frustrée était le fer de lance, pour plus de démocratie, pour un changement de régime dans un pays arabe, soumis depuis de nombreuses années à une dictature. La Tunisie leurs paraissait sans doute lointaine, et pourtant ce qui se passait dans ce petit pays de 10 millions d’habitants allait servir d’exemple et se propager dans d’autres pays dirigés par des dictateurs. Pouvait on penser sérieusement, sauf à s’aveugler ou à être totalement coupé des réalités, que dans d’autres pays arabes qui souffraient des mêmes maux, la jeunesse en particulier, n’allait pas suivre cet exemple, utiliser les mêmes réseaux sociaux pour s’organiser et manifester à son tour pour plus de démocratie, pour changer de régime. Ou croyait on les arabes, à de rares exceptions, totalement imperméables aux idéaux démocratiques ? Pourtant, lorsque l’agitation gagna l’Egypte, les israéliens continuèrent à croire que Moubarak, y résisterait bien mieux que Ben Ali, qu’il saurait calmer le jeu, comme à son habitude par la répression et que le régime moyennant quelques promesses de réforme et quelques subventions pour les produits de premières nécessité, mettrait fin à la subversion
Mais, le réveil est brutal nous assistons à un véritable tsunami, le mouvement s’étend à tout le Moyen Orient, sans que l’on sache et c’est particulièrement vrai pour l’Egypte, le pays arabe le plus peuplé, comment la situation peut évoluer dans des pays où les dictateurs ont laminé toute opposition démocratique, pour ne garder en face d’eux qu’une seule force organisée, souvent clandestine, celle des islamistes, même si des coups très durs lui ont été portés.
Les Israéliens sont, à juste titre, très inquiets, un changement de régime non contrôlé pourrait remettre en cause le traité de paix avec l’Egypte, et très rapidement celui qui les lie à la Jordanie. Ils reprochent à l’administration américaine d’avoir fait preuve de faiblesse en lâchant Moubarak, mais on voit mal comment les Etats Unis pourraient le soutenir. Devraient ils lui envoyer des spécialistes du maintien de l’ordre comme l’avait proposé Mme Alliot Marie à l’ex président Ben Ali ? Les américains marchent sur des œufs, Hillary Clinton a très bien résumé la situation, ils souhaitent, suivis en cela par les européens, « une transition ordonnée », pour l’Egypte mais ils refusent « une démocratie pendant six mois ou un an se transformant progressivement en une nouvelle dictature militaire ou un fausse démocratie qui conduirait à un nouvel Iran »
Les Islamistes en Tunisie ou en Egypte ne sont pas à la tête du mouvement, loin de là, mais ils peuvent se tenir en embuscade. La marge de manœuvre est étroite pour les américains, pour les européens, comme d’ailleurs pour tous ceux et au premier chef Israël, qui ne veulent pas voir l’islamisme radical dominer toute la région.
L’administration américaine a des moyens de pression pour imposer une transition ordonnée, entre autres, les deux milliards de dollars de subvention qui sont attribués chaque année à l’Egypte, mais aussi et surtout le maintien de rapports étroits avec l’armée égyptienne, qui a pris fait et cause pour les manifestants. Cette armée, du moins ses chefs, ne voudrait pas perdre ses privilèges, pas plus qu’elle ne souhaite la victoire des frères musulmans.
Ce sont des éléments favorables pour Israël, pour le maintien du traité de paix, mais il ne faut pas croire que ce mouvement de démocratisation, qu’il se poursuive ou qu’il échoue, n’aura pas de répercussions sur le conflit israélo palestinien.
La prise du pouvoir directe ou indirecte par les frères musulmans entraînerait la rupture du traité de paix et sans doute une nouvelle guerre, dans un environnement plus hostile.
La poursuite d’un processus démocratique, dans les pays arabes, rendraient plus ardues les négociations avec les palestiniens et obligerait les israéliens à leur concéder, bien plus qu’ils ne le souhaiteraient.

source : http://www.radiochalomnitsan.com/blog/le-monde-arabe-en-ebullition/

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