La Mairie de Paris a discriminé en faveur de deux journalistes français otages par Véronique Chemla | Europe Israel – 28 janvier 2011

par mazaltop

La Mairie de Paris a inauguré place de la République les deux immenses portraits de deux journalistes français de la chaîne publique France 3, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, otages en Afghanistan depuis 2009. Signe d’une solidarité affichée partiale, qui oublie notamment l’otage franco-israélien Guilad Shalit.

Ce 28 janvier 2011, les journalistes du service public audiovisuel français se réjouissaient en annonçant l’évènement : les grands portraits de leurs deux collègues otages « dans les geôles talibanes » avaient été accrochés lors d’une cérémonie en présence d’une cinquantaine de personnes, dont Anne Hidalgo, 1ère adjointe au Maire de Paris Bertrand Delanoë, Pierre Aidenbaum, maire du IIIe arrondissement de Paris, Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières, et Jean-Louis Normandin, président d’Otages du Monde.

Neuf otages français
Une initiative du Comité de soutien Hervé et Stéphane ainsi que de la Mairie de Paris, peut-être soucieuse de se ménager les médias à l’approche des élections présidentielles et législatives (2012) et municipales (2014).
Et sur une place hautement symbolique : celle de la République située à la limite des IIIe, Xe et XIe arrondissements de Paris, et dont le « monument central fait de cette place parisienne le symbole incontournable de la liberté et de la paix » (dixit la Mairie de Paris).
Cette « initiative forte rappelle une nouvelle fois l’engagement de Paris pour la défense des Droits de l’Homme et de la liberté de la presse et s’inscrit dans la continuité de la mobilisation soutenue de 2010 » en faveur de ces otages.
Au centre d’artères animées de Paris, trônent désormais, et jusqu’à la libération de ces otages, de grandes photographies de ces deux journalistes avec cette mention : « Paris solidaire des journalistes – Stéphane Taponier, Hervé Ghesquière – et leurs trois accompagnateurs afghans, Mohamed, Gulam et Satar, enlevés depuis le 29 décembre 2009 en Afghanistan ».
Finalement, le « 4e pouvoir » avait eu raison de changer de stratégie.
Après avoir respecté pendant plusieurs mois une discrétion supposée favoriser l’issue positive de négociations en vue de la libération des deux journalistes, il avait décidé vers la mi-avril 2010 de rendre publiques les photos des otages. Ce qui les humanisait.
Puis, en juillet 2010, les journaux de France Télévisions avaient renoué avec la tactique rôdée depuis la prise en otages de journalistes français au Liban de 1985 à 1988 : rappeler à chaque édition du journal sur les chaînes publiques le décompte des jours de captivité de leurs confrères et accompagnateurs, car on n’est pas raciste.
Sur un ton grave, le ou la journaliste du JT déclare : « Cela fait x jours que nos confrères Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, ainsi que leurs accompagnateurs sont retenus en otages en Afghanistan. Nous ne les oublions pas, ainsi que les six autres otages français retenus dans le monde ».
Deux plus six font huit.
Huit otages français dans le monde ? Y’aurait pas comme une erreur de calcul ?

Voyons : deux journalistes en Afghanistan, plus cinq au Sahel, plus un en Somalie, plus le franco-israélien Guilad Shalit enlevé en Israël en 2006 et détenu dans la bande de Gaza par des islamistes palestiniens, cela fait neuf, et non huit.

Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères et européennes, a rappelé ce chiffre de neuf otages dans une interview au Figaro magazine, le 8 janvier 2011.
Et le 10 janvier 2011, Bernard Valéro, porte-parole du quai d’Orsay, affirmait la détermination de la France pour obtenir la libération des neuf otages.
Ce qui signifie que ces « belles âmes » omettent un Franco-israélien juif.
Pourquoi ?
Pourquoi la direction de France Télévisions, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et la HALDE (Haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité) n’ont-ils pas réagi ?

La franco-colombienne Ingrid Betancourt avait été prise en otage en février 2002 par les terroristes des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) alors qu’elle menait, comme citoyenne colombienne sa campagne électorale en Colombie. Et nombre de médias français ont soutenu la campagne de sa famille jusqu’à la libération de cette politicienne en juillet 2008.

Parallèlement, en France, de nombreuses actions ont visé à rappeler la captivité des deux journalistes français, à exercer des pressions sur les autorités politiques et du groupe audiovisuel public, à mobiliser l’opinion publique. Et l’affichage de ces portraits par la Mairie de Paris illustre l’efficacité du 4e pouvoir français.
Une efficacité mesurable aussi à son silence généralisé sur les incohérences et invraisemblances émaillant l’affaire al-Dura, dans laquelle sont impliqués Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, et son cameraman palestinien Talal Abu Rahma.
« Races »
Nombreux sont ceux qui ont réclamé que la photo du franco-israélien Guilad Shalit, alors seul otage français, soit affichée sur le fronton de l’Hôtel de Ville de Paris comme celle de la franco-colombienne Ingrid Betancourt.

La Mairie de Paris a refusé, puis a apposé un panneau contre la façade de l’Hôtel de Paris soulignant son engagement « pour la liberté de tous les otages dans le monde » sous le rappel de l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… »

Le 22 juin 2010, lors d’un rassemblement à Paris en solidarité avec le soldat franco-israélien Guilad Shalit et l’Etat d’Israël, si Anne Hidalgo avait été applaudie pour ses paroles de soutien à Israël, elle avait été interpelée par ceux réclamant un traitement égal pour leur compatriote otage dans la bande de Gaza.
Ce 28 janvier 2011, la Mairie de Paris a donc affiché une solidarité sélective. Car les droits de l’homme qui la motivent devraient aussi la conduire à accrocher les photos des autres otages aux côtés de celles de ces deux journalistes. D’autant qu’il y a de la place…
Ce fait est-il passé inaperçu des instances communautaires juives françaises ayant gardé le souvenir du vœu adopté en décembre 2008 par le Conseil de Paris et faisant de Guilad Shalit citoyen d’honneur de cette capitale (1) ? Peut-être. En tout cas, aucune n’a réagi officiellement à ce jour.
La date de cette inauguration est-elle fortuite ? Peut-être pas. En effet, cet évènement s’est déroulé trois jours avant la conférence de presse de presse à l’Hôtel de Ville de Paris destinée à annoncer le « rendez-vous historique à Auschwitz » organisé par le Projet Aladin, le mardi 1er février 2011.
Ce 31 janvier 2011, sous les ors de cette municipalité, Bertrand Delanoë, maire socialiste, a accueilli avec faste des responsables onusiens et africains liés à cet évènement en Pologne.
Présidente du Projet Aladin, Anne-Marie Revcolevschi a évoqué les « crises de la Côte d’Ivoire, de la Tunisie et de l’Egypte », mais s’est abstenue de prononcer le moindre mot sur son compatriote et coreligionnaire Guilad Shalit, otage dans la bande de Gaza, limitrophe de l’Egypte.

Bertrand Delanoë s’est réjoui de cette prochaine réunion à Auschwitz, avec des « femmes et hommes de tous les continents, de toutes les races… »

Pendant une infime fraction de seconde, Bertrand Delanoë, tout surpris, s’est rendu compte qu’il avait émis un mot non « politiquement correct » : « races ». Mais, nul ne s’en étant offusqué, et notamment pas Abdoulaye Wade, président du Sénégal et de l’OCI (Organisation de la conférence islamique), Bertrand Delanoë a enchaîné comme si de rien n’était.
Que risquait-il ? Il était l’hôte, et le Projet Aladin, soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, souhaitait sa présence le lendemain au camp d’Auschwitz pour ce « rendez-vous historique ».
Et il a poursuivi : « Nous sommes unis pour refuser l’antisémitisme, le racisme, l’islamophobie, toutes les discriminations de quelque nature qu’elle soit ».
Oubli ? Manque de place dans le journal ? Magnanimité à l’égard d’un maire de gauche ayant fait afficher les photos de deux confrères otages ? Aucun journal n’a relaté le prononcé du vocable « race » qui, exprimé par le journaliste Eric Zemmour, le 13 novembre 2008, sur Arte, avait suscité l’ire de médias, d’associations et de « bien-pensants ».
Cette discrimination par des médias et la Mairie de Paris à l’égard de l’otage franco-israélien Guilad Shalit révèle les limites de la stratégie du comité de soutien à Guilad Shalit et d’organisations juives françaises visant à assurer un égal traitement à l’égard de cet otage juif franco-israélien.
Une discrimination en contradiction avec la devise républicaine française : « Liberté, égalité, fraternité ».
(1) Le Conseil de Paris a aussi adopté un vœu de l’exécutif « annonçant une nouvelle intervention du maire de Paris auprès du président israélien Shimon Peres pour demander un aménagement de la peine de Salah Hamouri », condamné et emprisonné en Israël depuis 2005 pour complicité dans l’assassinat d’un responsable israélien.
Photo du panneau place de la République : © Henri Garat/Mairie de Paris

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